
Bakasana
Corbeau
Corbeau
Bakasana
- Équilibre sur les bras
- Intermédiaire
- Hatha
- Vinyasa
- Ashtanga
- Iyengar
Ouvre les cartes de yoga avec cette posture déjà posée dans la séance.
Le corbeau est souvent le premier équilibre sur les bras qu'on tente en cours, et le premier qui fait rire la salle quand quelqu'un bascule doucement sur le nez. Accroupi, mains au sol, on pose les genoux à l'arrière des bras et on avance le poids jusqu'à ce que les pieds décollent. Il demande moins de force qu'on l'imagine et beaucoup plus de confiance.
Son nom sanskrit pose une petite énigme. Bakasana vient de baka, la grue (ou le héron), et de asana, la posture ; le corbeau, lui, se dit kaka en sanskrit, une onomatopée de son cri, et la posture correspondante s'appelle Kakasana. Les deux noms désignent deux formes proches, que les cours francophones regroupent souvent sous le seul nom de corbeau.
Corbeau ou grue : la différence
- Le corbeau (Kakasana) : bras pliés, genoux posés sur l'arrière des bras, au-dessus des coudes. C'est la version qu'on apprend en premier.
- La grue (Bakasana) : bras tendus, genoux remontés haut, près des aisselles. Elle demande plus de force dans les bras et un gainage plus fort.
Le professeur new-yorkais Dharma Mittra résume la distinction par l'image des pattes : courtes pour le corbeau, longues pour la grue. Les grands manuels ont chacun retenu une version : B.K.S. Iyengar ne décrit que la grue bras tendus dans Light on Yoga (1966), Swami Vishnudevananda que le corbeau bras pliés dans son livre de 1960. La posture elle-même est ancienne : une Bakasana figure dans la Hatha Ratnavali, un texte du XVIIe siècle.
Comment faire le corbeau
- 1
Accroupissez-vous en guirlande, pieds rapprochés, genoux écartés, talons décollés.
- 2
Posez les mains au sol à 15 ou 20 cm devant les pieds, écartées de la largeur des épaules, doigts bien ouverts.
- 3
Pliez les coudes vers l'arrière et placez les genoux le plus haut possible sur l'arrière des bras, contre les triceps.
- 4
Montez sur la pointe des pieds, arrondissez le haut du dos et rentrez le ventre.
- 5
Posez le regard sur le sol, une trentaine de centimètres devant les mains, puis avancez le poids jusqu'à ce que les coudes arrivent au-dessus des poignets.
- 6
Décollez un pied, puis l'autre. Rapprochez les talons des fesses, gros orteils qui se touchent.
- 7
Restez 3 à 5 respirations au début, jusqu'à 20 ou 30 secondes avec la pratique. Pour sortir, reposez les pieds en douceur et revenez accroupi.
Pour passer à la grue, tendez progressivement les bras depuis le corbeau en gardant les genoux serrés contre les bras, au plus près des aisselles.
Les points d'alignement
Les coudes restent au-dessus des poignets et pointent vers l'arrière ; s'ils s'ouvrent vers l'extérieur, les genoux glissent. Les mains travaillent : les doigts agrippent le tapis et la base de l'index appuie au sol, comme dans le chien tête en bas.
Le haut du dos s'arrondit, les omoplates s'écartent. Le ventre se rentre vers la colonne et les genoux serrent les bras, ce qui rend la posture plus légère.
Les erreurs fréquentes
Le poids trop en arrière.
Par peur de tomber, on ne bascule jamais assez et les pieds restent collés au sol.
Correction
Avancer les épaules franchement au-delà des mains, avec un coussin devant soi.
Les coudes qui s'ouvrent sur les côtés.
Les genoux n'ont plus d'appui.
Correction
Serrer les coudes vers l'intérieur, comme deux étagères pour les genoux.
Le regard sous soi.
La tête tombe, les hanches montent mal.
Correction
Regarder le sol devant les mains.
Sauter pour décoller.
On décolle par élan et on retombe aussitôt.
Correction
Soulever un pied, puis l'autre, en laissant le poids avancer.
Le souffle retenu.
Correction
Respirer par le nez, lentement, même pour une posture tenue deux secondes.
La peur de tomber
Elle est normale, et c'est souvent elle qui bloque, bien plus que le manque de force. Placez un coussin, un traversin ou une couverture pliée devant les mains : si le poids part trop en avant, le visage atterrit dessus. Avec un coussin en place, une chute se résume en général à un nez qui glisse sur le tapis.
Autre astuce : une brique posée devant les mains, sur laquelle on appuie le front. Le front devient un troisième appui, qui rassure le temps d'apprendre à doser la bascule.
Les étapes de progression
- Renforcer d'abord : planche, descente lente vers le sol, gainage. Les poignets s'échauffent par quelques rotations et des appuis à quatre pattes.
- S'accroupir sur une brique : les pieds posés sur une brique, les hanches sont plus hautes et les genoux trouvent plus facilement l'arrière des bras.
- Basculer sans décoller : genoux sur les bras, on avance le poids sur les mains, pieds au sol, puis on revient.
- Un pied, puis l'autre : chaque pied quitte le sol quelques secondes, à tour de rôle.
- Les deux pieds : quelques secondes, puis 3 à 5 respirations.
- La grue et au-delà : bras tendus, puis le corbeau latéral (Parsva Bakasana) et la grue sur une jambe (Eka Pada Bakasana). En vinyasa, on apprend ensuite à sortir du corbeau en sautant vers l'arrière.
Variantes et adaptations
Les adaptations pour débuter (coussin devant, pieds ou front sur une brique) sont détaillées dans les étapes ci-dessus. Pour aller plus loin, le corbeau latéral (Parsva Bakasana) tourne le buste et pose l'extérieur d'une cuisse sur l'arrière d'un seul bras, jambes serrées, et demande des épaules solides.
Les bienfaits du corbeau
La posture renforce les bras, les poignets et les muscles abdominaux, qui maintiennent les jambes repliées contre le corps. Elle travaille l'équilibre sur une base minuscule, les deux mains.
Elle apprend aussi à pencher le poids vers l'avant quand le corps voudrait reculer. Pour beaucoup d'élèves, c'est une question de confiance autant que de force.
Précautions et contre-indications
- Poignets : en cas de syndrome du canal carpien, de tendinite ou de douleur au poignet, éviter la posture ou la travailler sur des cales inclinées, avec avis médical.
- Grossesse : à éviter, à cause de la pression sur le ventre et du risque de chute.
- Épaules ou coudes blessés : ne pas la pratiquer sans avis médical.
- Tension artérielle élevée non traitée : éviter de bloquer la respiration et ne pas tenir longtemps.
La posture se travaille sur un sol dégagé, sans meuble devant soi. Une gêne dans les poignets qui persiste après la séance est un signal pour réduire la fréquence.
Le corbeau dans une séance
On le place au milieu de la séance, une fois le corps chaud. La guirlande prépare l'accroupi, le chien tête en bas et la planche préparent les bras et les poignets. La chaise peut aussi servir d'échauffement des jambes et du gainage.
Après quelques essais, la posture de l'enfant détend les poignets et le dos, et on étire les poignets en retournant les mains à quatre pattes. Dans l'ashtanga, la grue figure dans la deuxième série ; en vinyasa et en hatha, elle arrive dans les cours de niveau intermédiaire.
Les consignes à donner en cours
Pour les profs, quelques indications qui passent bien à l'oral :
« Placez un coussin devant vos mains : le pire qui puisse arriver, c'est un câlin au coussin. »
« Les genoux cherchent les aisselles. »
« Penchez-vous en avant jusqu'à ce que les pieds deviennent légers. »
« Le regard se pose sur le sol, loin devant les mains. »
« Un pied, puis l'autre ; le saut viendra plus tard. »
Corbeau
Questions fréquentes
Dans le corbeau (Kakasana), les bras sont pliés et les genoux posés au-dessus des coudes. Dans la grue (Bakasana), les bras sont tendus et les genoux remontés près des aisselles. Beaucoup de cours appellent les deux « corbeau ».
Elle renforce les bras, les poignets et la sangle abdominale, et travaille l'équilibre. Elle développe aussi la confiance : il faut accepter de pencher le poids vers l'avant pour décoller.
C'est une posture de niveau intermédiaire. Elle demande un peu de force dans les bras, mais surtout de l'audace pour avancer le poids. Avec les étapes de progression et un coussin devant soi, elle est accessible à beaucoup de pratiquants réguliers.
Le plus souvent, le poids n'est pas assez en avant : les épaules doivent passer au-delà des mains. Vérifiez aussi que les genoux sont posés haut sur les bras et que les coudes ne s'ouvrent pas sur les côtés.
Il n'existe aucun délai type : certains décollent au premier cours, d'autres après plusieurs mois. Reprendre les étapes quelques minutes à chaque séance, sans épuiser les poignets, fait avancer régulièrement.
Sources
- B.K.S. Iyengar, Light on Yoga, 1966, Bakasana (version bras tendus)
- Swami Vishnudevananda, The Complete Illustrated Book of Yoga, 1960, Kakasana (version bras pliés)
- Yoga Journal, Crow Pose or Crane Pose: How to Practice Kakasana or Bakasana
- Wikipedia, Bakasana



